Jeudi 23 septembre 2010 4 23 /09 /Sep /2010 19:37

"Ce monde a besoin de doute": c’est un ami qui m’a dit cette phrase, il y a deux jours, une phrase dans laquelle je me retrouve entièrement. Oui, plus que jamais, je la partage. Quand je vois toutes les conséquences entraînées par l’attachement obstiné à des certitudes et des dogmes qu’on ne pense jamais à interroger, je me dis que vraiment, on a toujours besoin de ce doute salvateur. Il nous faut accepter d’interroger ce en quoi on croit, pourquoi on y croit, comment on y croit. Le doute ne touche pas tant aux faits auxquels on croit, qu’au degré de croyance qui nous lie à eux. C’est pourquoi interroger n’est pas détruire : c’est au contraire construire, chaque jour, un rapport nouveau avec nos croyances. Ou pas. Questionner, c’est maintenir un rapport actif, et non plus seulement affectif, avec des croyances qui autrement ne seraient que des vérités mortes qui nous tuent. Questionner, c’est faire de nous des êtres actifs, en dialogue permanent avec nous-mêmes, au lieu que nous restions passifs, auto-condamnés à répéter des croyances comme des automates. Quand on doute, surtout, on ne pense plus « pour » certains et « contre » d’autres : on pense « avec » tout le monde, tous ceux qui sont prêts à échanger. Et éventuellement à changer. Je trouve personnellement bien plus intéressant d’aller là où je sais qu’on ne va pas forcément être d’accord avec moi. Je veux interroger et être interrogée. Je veux débattre et non combattre. Je veux essayer de comprendre sans chercher à être comprise à tout prix. Les êtres que nous sommes ne sont que de passage. Alors soyons pas sages : doutons !

Par Coffee Hanane
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Mardi 3 août 2010 2 03 /08 /Août /2010 22:06

 

Ce n’est pas que je veuille à tout prix qualifier notre président d’hystérique. Quoi que, n’étant pas encore administrativement « française », je pourrai très bien le faire sans crainte d’être dégradée…administrativement là encore. Parce qu’émotionnellement je le suis, et depuis un petit moment déjà. Depuis trois ans et demi exactement. Non, si je parle d’hystérie, c’est parce que je repense à ce concept  d’«hystérie politique » que l’historien hongrois Istvan Bibo avait convoqué dans les années 80 pour analyser la politique des pays de l’Est entre les deux guerres, politique qui les avaient menés tout droit à la catastrophe. Parce que tout, dans la geste et la parole politiques de ces derniers mois,  relève de l’aveuglement le plus irresponsable, ce concept me paraît relativement pertinent pour évaluer la situation actuelle.

 

Car que veut dire « hystérie politique » ? Pour Istvan Bibo, c’est l’attitude qu’adopte une société incapable de trouver en son sein les moyens de résoudre des problèmes ou des difficultés qui remettent en cause sinon sa cohésion, du moins l’image qu’elle a d’elle-même. Par défaut, cette société, qui donc se considère menacée et qui s’avoue impuissante, va se réfugier dans une fuite en avant qui repose sur deux principes essentiellement. Le premier consiste à substituer à la situation réelle une situation déformée et fantasmatique, et à remplacer finalement le problème réel et concret par un problème totalement fictif et imaginaire. Le second consiste à mobiliser- et à manipuler- les symboles et les discours comme seuls recours pour résoudre ce problème. Dernière précision : le problème fictif, pour être un substitut crédible, doit avoir un lien avec le problème principal.

 

Regardons la société française maintenant. Quel est le principal problème qui vient interroger ses principes fondateurs, les reléguant aux rang d’idéaux lointains ou inachevés ? C’est l’inégalité. Celle, économique, qui sur fond de crise, prive des millions de personnes de l’accès à l’emploi. Celle, sociale, qui précipite des millions d’autres dans la précarité et la fragilité. Celle, affective, qui condamne des milliers de concitoyens à une terrible solitude, une étude récente l'a encore dénoncé. Celle, territoriale, qui segmente, sépare, stigmatise des millions de Français cantonnés à des périphéries dont on a tout dit : qu’elles étaient sensibles, qu’elles étaient des « territoires perdus de la république ». Cette réalité-là, cette inégalité là, porte un sérieux coup à l’image que la France persiste à vouloir d’elle-même. Pire, cette réalité ennuie sérieusement les responsables politiques qui ne savent pas vraiment comme la gérer. Alors que font-ils ? La fuite en avant.

 

Première étape : ils donnent une autre version du problème. En l’occurrence, qui conjugue symboliquement l’inégalité économique, sociale et territoriale ? Les immigrés et leurs enfants. Parce que dans l’inconscient collectif, les immigrés sont encore une classe défavorisée qui vit dans les périphéries et qui s’auto-exclut par des pratiques et des revendications qui menacent directement l’idée « France ». Parce que pour nos dirigeants politiques, les immigrés et leurs enfants sont encore différents, en tout : ethniquement –d’où le renvoi systématique aux origines-, culturellement –d’où la fixation obsessive sur la « visibilité » de l’islam-, socialement – d’où ces constructions sémantiques déroutantes comme « minorités visibles » ou « diversité »-, administrativement- d’où cette magnifique trouvaille de soumettre la nationalité à un code de bonne conduite. Deuxième étape : manipuler les symboles comme seules réponses au problème. Logique : on ne peut pas opposer à un problème fictif des solutions effectives. Donc on use et abuse des discours : le nombre de ceux tenus sur l’immigration, la délinquance, la diversité et l’islam ces derniers mois est vertigineux. Et on fait porter aux symboles que restent le drapeau, l’hymne national, ou la carte d’identité nationale désormais soumise à sursis, la lourde responsabilité de répondre à ce qui mine notre société : l’injustice et l’inégalité.

 

Alors oui, le président et son gouvernement sont hystériques. Ils sont irresponsables. Ils oublient que la France est une idée : mais une idée sans contenu n’est rien. Le contenu, c’est les Français, tous les Français, qui l’élaborent, ensemble, depuis des siècles. Nos dirigeants ont remplacé ce désir de faire ensemble par une peur paralysante, étouffante. Tocqueville écrivait ceci : « en politique, la peur est une passion qui s’accroît souvent au détriment de toutes les autres. On a volontiers peur de tout quand on ne désire plus rien avec ardeur ». J’ai la folie de croire que le désir de faire ensemble sera plus fort que cette peur que le gouvernement actuel sème à tout va. J’ai la folie de croire que cette hystérie finira par épuiser les nerfs de ceux qui l’assènent et la sèment. Sans (trop) éprouver les nôtres. 

Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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Mercredi 30 septembre 2009 3 30 /09 /Sep /2009 12:43
Quand on est Arabe en France, qu’on passe bien à la télé et qu’on sait relativement bien s’exprimer, on devient très vite un grand expert. De quoi ? Un peu de tout, enfin de tout ce qui touche aux « Arabes » : de l’immigration, de l’islam, des banlieues, de la question iranienne, du droit des femmes, du terrorisme international et bien sûr, last but not least de la question palestinienne. Pourquoi je dis ça ? Parce que je suis toujours étonnée de voir les mêmes personnes invitées pour parler de choses très différentes. Un peu comme si la compétence des origines, la compétence « ethnique » était la seule donnée importante pour comprendre et analyser des sujets toujours complexes et très souvent passionnels. 

On peut critiquer les médias, mais ces derniers, sur ces questions comme sur d’autres, vont très vite, ne prennent pas le temps de la réflexion, cherchent seulement le sensationnel qui leur assure l’audimat. En revanche ces personnes, qui acceptent de discuter tous les sujets qu’on leur soumet, sont autrement plus responsables. Parce qu’elles ne manquent – a priori- pas d’esprit critique, elles devraient réaliser qu’en jouant le jeu, elles ne font que renforcer les préjugés dont elles sont les premières à accuser les médias. Ce n’est en effet pas parce qu’on est d’origine arabe que l’on connaît la banlieue. Et ce n’est pas parce qu’on travaille sur les questions de banlieue que l’on peut parler de l’islam. Tout comme ce n’est pas parce qu’on écrit sur l’islam qu’on est apte à parler de la question palestinienne. Les équations étonnantes qui se sont imposé dans le discours public- médiatique et politique- français ces dernières années, et qui consistent à relier l’islam aux jeunes « immigrés », ou l’immigration à la banlieue et à l’islam, trouvent en réalité là leur pleine justification. Ces personnes incarnent les amalgames, elles les personnifient, elles leur donnent des arguments : car pourquoi cesserait-on de considérer tout Arabe comme un Musulman descendant d’immigré vivant en banlieue et très lié au monde arabe, si ce même Arabe est prêt à s’exprimer sur tous ces sujets ? 

L’autre conséquence, c’est que ces personnes se retrouvent finalement les porte-parole de communautés en mal de « représentants ». Ces dernières projettent sur elles des besoins qui tardent à être entendus, ou même seulement compris. Et la défense de ces communautés encore si méconnues, et si mal traitées dans l’information, devient ainsi un enjeu en soi. Et c’est pourquoi ces personnes, au final, ne cherchent plus, très vite, à avoir le mot juste dans les débats : elles veulent juste avoir le dernier mot. Parce que souvent pour protéger les siens, et donc un peu soi-même, il faut adopter une attitude défensive. Il faut accuser l’autre, lui renvoyer ses erreurs, traquer ses faiblesses. Voilà pourquoi, bien souvent, le débat qui devrait être un tête-à-tête fécond, tourne au face à face stérile. Mais jusqu'à quand?
Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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Mardi 29 septembre 2009 2 29 /09 /Sep /2009 16:58
« Ramadan 1- Zemmour 0 » : voilà la seule conclusion du débat de samedi soir chez Ruquier où Tariq Ramadan était invité à présenter son dernier livre, « Mon intime conviction ». Tous les commentaires, liens, vidéos, qui ont inondé mon Facebook le lendemain, étaient unanimes: Ramadan avait gagné ! Car chacune de ses interventions est désormais regardée comme un match où l’on attend de lui qu’il marque le plus de points. Et là, il était, sans équivoque, le meilleur. Mais attention : meilleur ne veut pas dire qu’il était bon : Tariq Ramadan n’a brillé que parce que les autres n’étaient pas à la hauteur. Et c’est ce qui me chagrine : voir quelqu’un pousser Eric Zemmour dans ses retranchements est tellement jouissif que finalement le discours de Tariq Ramadan est occulté ou passe au second plan. C’est vrai, et je l’ai toujours pensé et écrit, Tariq Ramadan est un brillant orateur, rompu à l’art de l’éloquence. C’est vrai, il a une maîtrise incroyable de la joute oratoire et sait très bien utiliser l’arme médiatique. Et c’est vrai, il a le mérite d’exister pour des Français musulmans en recherche de médiateur positif.
Mais cela ne va pas sans dérive, une dérive à laquelle son immodestie le rend aveugle. Tariq Ramadan accepte de jouer le rôle d’ « objet marketing » pour les médias qui savent très bien qu’en l’invitant, ils vont faire de l’audience. Il n’y a qu’à voir tout le buzz autour de cette émission ! Comment peut-on à la fois se plaindre que les médias ne donnent pas suffisamment leur place à des gens intéressants, compétents, des intellectuels ayant travaillé sur l’islam européen depuis des années ou sur la pensée musulmane contemporaine, et en même temps leur donner raison en consommant à outrance ce genre de shows ? J’aimerai, je rêverai, de voir Tariq Ramadan avec un Mohamed Arkoun, sur un plateau de télévision, par exemple, histoire que l’on mesure la pluralité de la pensée musulmane contemporaine. Ou avec un Tariq Oubrou, qui lui n’est pas dans une vision « programmatique » mais qui s’attelle vraiment aux textes, les prend à bras le corps et ouvre des perspectives nouvelles pour les musulmans Français et européens. Tariq Ramadan a toujours su jouer du peu de connaissances des jeunes musulmans quant à leur propre Tradition, et par Tradition, j’entends toute la production philosophique, juridique, mystique, herméneutique de la pensée musulmane. Il n’a qu’à citer des sources de cette Tradition pour prendre figure d’Autorité. Mais il suffirait juste de le voir sur un plateau aux côtés d’autres intellectuels du monde musulman pour se rendre compte de ses limites. Et notamment du fait qu’il se situe davantage dans la dogmatique religieuse que dans le travail académique, quoiqu’il puisse en dire.
Alors soyons logiques : on nous fournit ce que nous consommons le mieux. Et Tariq Ramadan joue le dupe : au lieu de n’aller que là où il a des débatteurs de qualité, capables d’aborder sereinement avec lui des questions qui nous occupent, il prend plaisir à aller à des émissions où il sait que le spectacle a remplacé la discussion. Il l’a à ce point compris qu’il n’hésite pas à user de la démagogie la plus simple, pour « gagner », comme quand il reproche à Nicolas Sarkozy de signer des contrats avec l’Arabie Saoudite en faisant fi du fait que ce n’est pas un pays « modéré » . Mais lui-même, Tariq Ramadan, n’anime t-il pas une émission sur une chaîne nationale iranienne, un pays dont on ne peut pas non plus dire qu’il soit très soucieux des droits et de la dignité humaine, un pays où des dizaines de gens attendent, aujourd’hui, d’être lapidés ? Autre contradiction : comment Tariq Ramadan pouvait-il à la fois les remercier de l’inviter pour un livre, là où ailleurs il est invité pour parler un peu de tout, et en même temps réclamer lui-même à plusieurs reprises qu’on en vienne à « la question sociale » ? On ne sait finalement jamais sur quel(s) terrain(s) il souhaite situer son discours : Tariq Ramadan veut-il parler d’islam, ou des banlieues, ou des discriminations ? Rien qu’en faisant cela, il renforce les amalgames que l’on voudrait tous voir disparaître, comme celui qui consiste à assimiler l’islam de France aux seuls « quartiers » (avec tout ce que ce terme charrie), et de n’entendre par « discrimination » que la seule discrimination ethnique au détriment de celle qui peut rassembler tous les Français, la discrimination sociale. On ne peut pas laisser ce discours passer sous prétexte que Tariq Ramadan a été plus fort que Zemmour.
Donc oui, Tariq Ramadan a peut-être gagné. Mieux, il a trouvé la réhabilitation dont il ne rêvait plus. Mais gagner face à Zemmour, c’est une petite victoire. La vraie victoire, c’est celle qui consisterait à déplacer et à dépasser nos questions. C’est celle qui consisterait à débattre au lieu de combattre, car c’est à cela que servent d’abord les idées. Alors pour moi, le score, c’est plutôt : « Ramadan : 1, Zemmour : 0, débat : -1 ».
Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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Mardi 25 novembre 2008 2 25 /11 /Nov /2008 13:24

C'est un de ces livres que l'on n'oublie pas. On serait des millions à le lire, on aurait quand même l'impression qu'il a été écrit juste pour nous. Tellement il met en mots, et avec beaucoup de justesse, des émotions, des questions, des angoisses, que nous sommes nombreux à partager. Exemple : « s'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une seule partie de ce qui est en nous, qu'advient-il du reste ? ». Vaste question. Pour autant, le livre n'est ni un traité de philosophie ni un essai ennuyant sur la condition humaine. C'est juste l'histoire de Gregorius, un professeur de langues anciennes à Berne, qui découvre un matin - et par un hasard incongru- le texte d'un auteur portugais, Prado, un texte qui le remue profondément. Et ce prof à la vie bien rangée, qui n'a jamais été en retard et n'a jamais fait de folie, quitte ses élèves sans explications et prend le train pour Lisbonne, pour rechercher qui fût ce mystérieux Prado. Et on entre dans la vie de ces deux hommes que rien ne semble réunir, si ce n'est leur regard éblouissant sur la vie et les hommes. Ils ne donnent pas vraiment de réponses: ils posent juste les bonnes questions, de celles qui nous accompagnent toujours, mais que grâce à eux on aborde plus sereinement. Un livre à lire de toute urgence. Un voyage indispensable.

Par Coffee Hanane - Publié dans : Café litteraire
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