A la carte

Un peu de sucre ?



" Quand on a oublié d'acheter du sucre, on peut parfaitement sucrer son café avec une betterave, mais c'est plus long". François Cavanna

Mercredi 30 septembre 2009
Quand on est Arabe en France, qu’on passe bien à la télé et qu’on sait relativement bien s’exprimer, on devient très vite un grand expert. De quoi ? Un peu de tout, enfin de tout ce qui touche aux « Arabes » : de l’immigration, de l’islam, des banlieues, de la question iranienne, du droit des femmes, du terrorisme international et bien sûr, last but not least de la question palestinienne. Pourquoi je dis ça ? Parce que je suis toujours étonnée de voir les mêmes personnes invitées pour parler de choses très différentes. Un peu comme si la compétence des origines, la compétence « ethnique » était la seule donnée importante pour comprendre et analyser des sujets toujours complexes et très souvent passionnels. 

On peut critiquer les médias, mais ces derniers, sur ces questions comme sur d’autres, vont très vite, ne prennent pas le temps de la réflexion, cherchent seulement le sensationnel qui leur assure l’audimat. En revanche ces personnes, qui acceptent de discuter tous les sujets qu’on leur soumet, sont autrement plus responsables. Parce qu’elles ne manquent – a priori- pas d’esprit critique, elles devraient réaliser qu’en jouant le jeu, elles ne font que renforcer les préjugés dont elles sont les premières à accuser les médias. Ce n’est en effet pas parce qu’on est d’origine arabe que l’on connaît la banlieue. Et ce n’est pas parce qu’on travaille sur les questions de banlieue que l’on peut parler de l’islam. Tout comme ce n’est pas parce qu’on écrit sur l’islam qu’on est apte à parler de la question palestinienne. Les équations étonnantes qui se sont imposé dans le discours public- médiatique et politique- français ces dernières années, et qui consistent à relier l’islam aux jeunes « immigrés », ou l’immigration à la banlieue et à l’islam, trouvent en réalité là leur pleine justification. Ces personnes incarnent les amalgames, elles les personnifient, elles leur donnent des arguments : car pourquoi cesserait-on de considérer tout Arabe comme un Musulman descendant d’immigré vivant en banlieue et très lié au monde arabe, si ce même Arabe est prêt à s’exprimer sur tous ces sujets ? 

L’autre conséquence, c’est que ces personnes se retrouvent finalement les porte-parole de communautés en mal de « représentants ». Ces dernières projettent sur elles des besoins qui tardent à être entendus, ou même seulement compris. Et la défense de ces communautés encore si méconnues, et si mal traitées dans l’information, devient ainsi un enjeu en soi. Et c’est pourquoi ces personnes, au final, ne cherchent plus, très vite, à avoir le mot juste dans les débats : elles veulent juste avoir le dernier mot. Parce que souvent pour protéger les siens, et donc un peu soi-même, il faut adopter une attitude défensive. Il faut accuser l’autre, lui renvoyer ses erreurs, traquer ses faiblesses. Voilà pourquoi, bien souvent, le débat qui devrait être un tête-à-tête fécond, tourne au face à face stérile. Mais jusqu'à quand?
Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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Mardi 29 septembre 2009
« Ramadan 1- Zemmour 0 » : voilà la seule conclusion du débat de samedi soir chez Ruquier où Tariq Ramadan était invité à présenter son dernier livre, « Mon intime conviction ». Tous les commentaires, liens, vidéos, qui ont inondé mon Facebook le lendemain, étaient unanimes: Ramadan avait gagné ! Car chacune de ses interventions est désormais regardée comme un match où l’on attend de lui qu’il marque le plus de points. Et là, il était, sans équivoque, le meilleur. Mais attention : meilleur ne veut pas dire qu’il était bon : Tariq Ramadan n’a brillé que parce que les autres n’étaient pas à la hauteur. Et c’est ce qui me chagrine : voir quelqu’un pousser Eric Zemmour dans ses retranchements est tellement jouissif que finalement le discours de Tariq Ramadan est occulté ou passe au second plan. C’est vrai, et je l’ai toujours pensé et écrit, Tariq Ramadan est un brillant orateur, rompu à l’art de l’éloquence. C’est vrai, il a une maîtrise incroyable de la joute oratoire et sait très bien utiliser l’arme médiatique. Et c’est vrai, il a le mérite d’exister pour des Français musulmans en recherche de médiateur positif.
Mais cela ne va pas sans dérive, une dérive à laquelle son immodestie le rend aveugle. Tariq Ramadan accepte de jouer le rôle d’ « objet marketing » pour les médias qui savent très bien qu’en l’invitant, ils vont faire de l’audience. Il n’y a qu’à voir tout le buzz autour de cette émission ! Comment peut-on à la fois se plaindre que les médias ne donnent pas suffisamment leur place à des gens intéressants, compétents, des intellectuels ayant travaillé sur l’islam européen depuis des années ou sur la pensée musulmane contemporaine, et en même temps leur donner raison en consommant à outrance ce genre de shows ? J’aimerai, je rêverai, de voir Tariq Ramadan avec un Mohamed Arkoun, sur un plateau de télévision, par exemple, histoire que l’on mesure la pluralité de la pensée musulmane contemporaine. Ou avec un Tariq Oubrou, qui lui n’est pas dans une vision « programmatique » mais qui s’attelle vraiment aux textes, les prend à bras le corps et ouvre des perspectives nouvelles pour les musulmans Français et européens. Tariq Ramadan a toujours su jouer du peu de connaissances des jeunes musulmans quant à leur propre Tradition, et par Tradition, j’entends toute la production philosophique, juridique, mystique, herméneutique de la pensée musulmane. Il n’a qu’à citer des sources de cette Tradition pour prendre figure d’Autorité. Mais il suffirait juste de le voir sur un plateau aux côtés d’autres intellectuels du monde musulman pour se rendre compte de ses limites. Et notamment du fait qu’il se situe davantage dans la dogmatique religieuse que dans le travail académique, quoiqu’il puisse en dire.
Alors soyons logiques : on nous fournit ce que nous consommons le mieux. Et Tariq Ramadan joue le dupe : au lieu de n’aller que là où il a des débatteurs de qualité, capables d’aborder sereinement avec lui des questions qui nous occupent, il prend plaisir à aller à des émissions où il sait que le spectacle a remplacé la discussion. Il l’a à ce point compris qu’il n’hésite pas à user de la démagogie la plus simple, pour « gagner », comme quand il reproche à Nicolas Sarkozy de signer des contrats avec l’Arabie Saoudite en faisant fi du fait que ce n’est pas un pays « modéré » . Mais lui-même, Tariq Ramadan, n’anime t-il pas une émission sur une chaîne nationale iranienne, un pays dont on ne peut pas non plus dire qu’il soit très soucieux des droits et de la dignité humaine, un pays où des dizaines de gens attendent, aujourd’hui, d’être lapidés ? Autre contradiction : comment Tariq Ramadan pouvait-il à la fois les remercier de l’inviter pour un livre, là où ailleurs il est invité pour parler un peu de tout, et en même temps réclamer lui-même à plusieurs reprises qu’on en vienne à « la question sociale » ? On ne sait finalement jamais sur quel(s) terrain(s) il souhaite situer son discours : Tariq Ramadan veut-il parler d’islam, ou des banlieues, ou des discriminations ? Rien qu’en faisant cela, il renforce les amalgames que l’on voudrait tous voir disparaître, comme celui qui consiste à assimiler l’islam de France aux seuls « quartiers » (avec tout ce que ce terme charrie), et de n’entendre par « discrimination » que la seule discrimination ethnique au détriment de celle qui peut rassembler tous les Français, la discrimination sociale. On ne peut pas laisser ce discours passer sous prétexte que Tariq Ramadan a été plus fort que Zemmour.
Donc oui, Tariq Ramadan a peut-être gagné. Mieux, il a trouvé la réhabilitation dont il ne rêvait plus. Mais gagner face à Zemmour, c’est une petite victoire. La vraie victoire, c’est celle qui consisterait à déplacer et à dépasser nos questions. C’est celle qui consisterait à débattre au lieu de combattre, car c’est à cela que servent d’abord les idées. Alors pour moi, le score, c’est plutôt : « Ramadan : 1, Zemmour : 0, débat : -1 ».
Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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Mardi 25 novembre 2008

C'est un de ces livres que l'on n'oublie pas. On serait des millions à le lire, on aurait quand même l'impression qu'il a été écrit juste pour nous. Tellement il met en mots, et avec beaucoup de justesse, des émotions, des questions, des angoisses, que nous sommes nombreux à partager. Exemple : « s'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une seule partie de ce qui est en nous, qu'advient-il du reste ? ». Vaste question. Pour autant, le livre n'est ni un traité de philosophie ni un essai ennuyant sur la condition humaine. C'est juste l'histoire de Gregorius, un professeur de langues anciennes à Berne, qui découvre un matin - et par un hasard incongru- le texte d'un auteur portugais, Prado, un texte qui le remue profondément. Et ce prof à la vie bien rangée, qui n'a jamais été en retard et n'a jamais fait de folie, quitte ses élèves sans explications et prend le train pour Lisbonne, pour rechercher qui fût ce mystérieux Prado. Et on entre dans la vie de ces deux hommes que rien ne semble réunir, si ce n'est leur regard éblouissant sur la vie et les hommes. Ils ne donnent pas vraiment de réponses: ils posent juste les bonnes questions, de celles qui nous accompagnent toujours, mais que grâce à eux on aborde plus sereinement. Un livre à lire de toute urgence. Un voyage indispensable.

Par Coffee Hanane - Publié dans : Café litteraire
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Lundi 24 novembre 2008

 

L'Amérique serait tombée, ça y est, dans une ère « post-raciale ». Parce que pour la première fois de l'histoire, c'est un homme « Noir » qui la dirige. Et le monde entier de saluer avec force réjouissance ce moment historique qui range le racisme dans les cartons, bien scotchés, du passé. Mais moi il y a quand même quelque chose qui me chagrine profondément. Qui me dérange, même. Car que je sache et que nous sachions tous, parce qu'on nous l'a assez répété, Obama est à moitié « blanc » et à moitié « noir » (rien que ce type de formulation me hérisse). C'est du 50-50. Alors est-ce à dire que pour être considéré comme blanc, il faut l'être à 100%, mais que pour être vu comme noir, il suffit juste de l'être à 50% ? C'est vrai qu'aux Etats-Unis, avoir la moindre goutte de sang noir fait de vous un noir. Mais en France ? Adopter la même posture veut bien dire que quoi qu'en dise, la couleur de peau reste le facteur dominant qui détermine le classement des êtres dans une catégorie ou une autre. Dans cette histoire, il n'y a que ça qui soit...clair.

Par Coffee Hanane - Publié dans : Fort de café !
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Dimanche 23 novembre 2008

 Tous les matins le même espoir inébranlable, et tous les soirs la même désillusion inacceptable. C'est à se demander d'où ces gamins tirent cette énergie qui leur donne la force de résister à des conditions difficiles, voire insupportables. Je parle des « brûleurs de frontière » qui campent à Tanger dans l'attente d'un bateau qui les emportera « loin de la misère » comme dit la chanson.

Je viens à l'instant de voir un reportage qui leur était consacré : ce n'est certes pas le premier et probablement pas le dernier que je vois sur eux, mais je suis étonnée de voir qu'en dépit des drames, des morts, des risques, des intimidations policières, ces jeunes, encore des enfants pour la plupart, sont toujours plus nombreux à vouloir partir. Ils sont encore sur leur terre, mais dans leurs têtes ils sont déjà partis : parce qu'il leur est inconcevable de revenir chez eux, leur déracinement a déjà commencé. A la honte risquée ils préfèrent encore la misère, et à l'insécurité familiale qu'ils ont bien souvent cherché à fuir, ils préfèrent encore les périls partagés avec leurs compagnons de fortune. Ils sont dans un entre-deux terrifiant d'incertitude, entre le rien qu'ils ont laissé et le peut-être qu'ils persistent à rêver.

 

Il y a bien à Tanger, pour s'occuper d'eux, l'association « Darna », présidée par Mounira el Alami : là ils sont recueillis, scolarisés, ils apprennent un métier. On remplace la promesse utopique d'une vie meilleure par l'exigence d'une réussite plus palpable, plus immédiate, plus réelle. Mais pour ces 160 enfants que peut accueillir, et peut-être sauver, l'association, combien perdent des années à attendre une chance qui ne se laisse pas facilement attraper ? Adolescents qui courent après le monde sans vraiment le voir ni l'avoir, quand ces années-là sont celles où l'on s'affirme dans, contre, pour, avec, ce monde. Que faire alors? Il y aurait tant à dire. De l'école qui poursuit son naufrage à la cellule familiale, du marché de l'emploi aux immigrés frimeurs qui jouent les faux modèles de réussite, la liste des responsables est longue. Mais une chose est sûre : un pays qui ne sait pas donner confiance à sa sève est un pays qui n'a rien compris. Un pays qui a failli. Et pour le coup le Maroc s'est bien planté.

 

Par Coffee Hanane - Publié dans : Café amer
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